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Enregistrer sa guitare acoustique avec un smartphone : mes essais

Guitare acoustique et smartphone posés côte à côte pour un essai d'enregistrement, débutant en guitare à Grenoble

Sept mois. C'est le temps qu'il m'a fallu pour arrêter de poser mon téléphone n'importe où sur la table et pour trouver l'endroit qui rend enfin ma guitare acoustique reconnaissable sur un enregistrement. Sept mois d'essais ratés, de sons étouffés et de prises recommencées avant de comprendre qu'un simple smartphone, bien placé, capte largement de quoi juger mes progrès de débutant. Ce billet raconte ces essais, pas une méthode toute faite, juste ce qui a fini par marcher dans mon coin, entre deux sessions de home-studio minimaliste, sans matériel superflu.

La position qui change tout, je l'ai trouvée à l'usure plus qu'en cherchant sur internet: viser le manche vers la douzième frette plutôt que la rosace, garder un peu d'air entre le micro et les cordes, et éviter que quoi que ce soit ne frotte contre le bois pendant que je joue. Trois règles simples, mais il m'a fallu des semaines de prises ratées pour les comprendre une par une.

Ma toute première prise a sonné comme étouffée sous une couette

Le premier essai remonte à un dimanche pluvieux où je n'avais franchement pas le courage de sortir mon matériel habituel. J'ai simplement ouvert l'application dictaphone de mon téléphone et je l'ai calé sur mes genoux, tout contre la rosace de la guitare. Le résultat tenait de la catastrophe: un son sourd, comme enregistré à travers un plaid. Les gens qui s'y connaissent appellent ça l'effet de proximité, un micro trop près du trou de la guitare qui gonfle les basses et noie la mélodie — je n'ai pas cherché à comprendre le pourquoi du comment plus loin que ça, j'ai juste retenu qu'il fallait bouger le téléphone.

D'ailleurs, avant même de penser à enregistrer quoi que ce soit, j'avais essayé d'apprendre la théorie dans les règles: j'avais acheté un livre de solfège et je l'ai refermé pour de bon après deux pages, complètement perdu entre les clés et les mesures. Le riff appris à l'oreille, sans passer par la théorie — une manière de faire sur laquelle je reviendrai un jour pour ceux qui débutent aussi sans bases — c'est ce qui m'a vraiment fait avancer.

Écran de smartphone avec l'application d'enregistrement ouverte, posé à côté d'un médiator, avant une prise de guitare acoustique

La bonne distance, trouvée à tâtons

Après une bonne dose d'essais infructueux, j'ai fini par déplacer le téléphone centimètre par centimètre, un peu comme on cherche le bon geste avant un penalty. Viser le manche, vers la jonction avec le corps plutôt que le centre de la table d'harmonie, a changé beaucoup de choses: le son devient soudain plus net. Une bonne distance aide aussi — ni collé contre les cordes, ni relégué de l'autre côté de la pièce, quelque chose comme la longueur d'un avant-bras. Poser le téléphone sur un livre épais ou un petit trépied plutôt que de le tenir évite en plus les petits bruits de vibration qu'on entend quand la main tremble ou que l'appareil glisse sur la table.

Avec le téléphone posé à côté de moi, la question de la latence ne se pose même pas puisqu'on ne s'écoute pas en direct — et c'est justement ce qui rend ces essais si pratiques au tout début. Je n'ai jamais eu besoin de me pencher sur une interface audio pour ça: ce choix de matériel reste une autre histoire, que je raconte ailleurs sur le site.

C'est aussi à cette période que j'ai arrêté d'enregistrer en MP3 pour passer au format WAV — pas grand-chose à changer dans les réglages, juste un peu plus de place prise sur la mémoire du téléphone, mais des prises qui gardent davantage de détails à la réécoute. Un tableau d'accords ouverts affiché à côté de moi m'aide encore à ne pas me perdre entre deux essais, histoire d'avoir les mains qui suivent sans que la tête ait tout à retenir.

Le bruit de la ville s'invite dans mes enregistrements

Avec les premières chaleurs, on ouvre les fenêtres, et le smartphone se révèle être un espion redoutable: il entend absolument tout. Le ronron du vieux frigo dans la cuisine, des voix dans la rue, et surtout le passage du tram toutes les dix minutes, qui recouvre mes accords de do majeur comme un avion au décollage. Il a fallu ruser — enregistrer plus tard le soir, quand la ville se calme, ou couper le frigo une dizaine de minutes, sans oublier de le rallumer sous peine de retrouver le beurre fondu. Ce genre de session, en appartement, ressemble parfois plus à une chasse aux bruits parasites qu'à une vraie séance de musique. Quand ça devient trop, je sors marcher un peu le long des Quais de l'Isère, le temps de me changer les idées avant de retenter une prise.

Tramway vu depuis une fenêtre d'appartement à Grenoble, source de bruit ambiant pendant un enregistrement smartphone de guitare acoustique

Éviter que le pull ne vienne gâcher la prise

Une prise du mois dernier semblait enfin la bonne: les doigts ne faisaient pas trop mal — un miracle, quand je repense à mes premiers accords et mes bouts de doigts en compote — et la maison était calme. Dix minutes enregistrées, la certitude d'avoir capturé un petit moment de grâce. À la réécoute au casque, un bruit de scratch-scratch permanent recouvrait tout: la manche de mon pull en coton frottait contre le vernis de la guitare, et le micro du téléphone, souvent un minuscule capteur MEMS plutôt sensible, avait tout amplifié. Depuis, je joue en t-shirt ou je remonte mes manches, comme avant de faire la vaisselle.

Si vous en êtes au même point, j'avais écrit un petit mémo sur comment changer les cordes de sa guitare acoustique sans tout casser, une étape qu'on redoute toujours un peu au début. L'éclat un peu agressif des cordes neuves à travers le petit haut-parleur du téléphone m'a surpris, presque comme si la guitare était devenue électrique et bas de gamme d'un coup. Quand je pose l'instrument après une session comme celle-là, le bout de mes doigts garde une marque rougeâtre et légèrement enflée, là où les cordes ont appuyé un peu trop longtemps.

Sept mois d'enregistrement au smartphone, et une guitare acoustique un peu mieux comprise

On dit souvent qu'il faut un logiciel compliqué pour obtenir un son correct. J'en ai testé quelques-uns, comme je le racontais dans mon article sur quel logiciel pour enregistrer sa guitare sur ordinateur. Mais le smartphone a un avantage que ces logiciels n'ont pas toujours: il ne triche pas. Il ne cherche pas à embellir le son avec des réglages automatiques, il capte la guitare telle qu'elle sonne vraiment, défauts compris — une bonne école pour apprendre à obtenir un son de guitare correct dès la source, sans artifice.

Main d'un débutant en guitare acoustique avec un smartphone calé près de la douzième frette pour l'enregistrement

Le rythme, je le travaille à part, sur des boucles simples, avant même de sortir le téléphone — sinon j'ai l'impression de courir après deux lièvres à la fois. Et ce qui m'a vraiment permis de tenir la distance sur la durée, ce sont des séances courtes plutôt que de grandes heures ambitieuses annulées au moindre imprévu, une habitude sur laquelle je reviendrai un jour plus en détail. Comment j'ai aménagé mon coin d'enregistrement dans l'appartement reste une autre histoire encore — ici, il n'est question que de ce que le téléphone arrive à capter.

Vers la septième semaine de ces essais, un soir, j'ai posé les yeux sur le mur en face de moi plutôt que sur mes doigts, et j'ai enchaîné le morceau sans fausse note pendant près d'une minute. Rien d'extraordinaire pour qui joue depuis longtemps, mais pour moi, ça a suffi à comprendre que la régularité paie plus que n'importe quelle astuce de placement de micro. Un peu comme un voisin qui part faire du ski de randonnée à Chamrousse chaque week-end, beau temps ou pas: ce n'est jamais la sortie parfaite qui compte, c'est le fait d'y retourner.

Aujourd'hui, le smartphone reste mon compagnon pour le quotidien, celui qui garde une trace de mes progrès sans jamais devenir un obstacle au plaisir de jouer. Si vous avez un téléphone récent, pas la peine de chercher plus compliqué: trouvez votre bonne distance, faites silence autour de vous, et appuyez sur enregistrer. Le son sera peut-être un peu rêche au début, mais c'est le vôtre, et c'est la meilleure façon de voir, petit à petit, où vos doigts commencent à savoir aller tout seuls.

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